D’ici 2030, les femmes détiendront 42 % de la richesse financière mondiale. Pourtant, près d’une sur trois se déclare insatisfaite des services financiers qui lui sont proposés. À mesure que leur autonomie financière progresse, un paradoxe persiste : les femmes détiennent de plus en plus de patrimoine, mais restent moins nombreuses à investir que les hommes. Décryptage d’un marché en recomposition et d’une approche repensée pour y répondre.
Femmes et finance : un marché que l’industrie doit réinventer
En France, seules 24 % des femmes investissent, contre 45 % des hommes (AMF, 2025). Cet écart ne traduit ni une défiance durable ni un manque d’intérêt pour les marchés financiers. Il met surtout en lumière une difficulté à se projeter dans un univers souvent perçu comme complexe, technique et peu lisible, encore largement structuré autour de logiques de produits. Les freins sont connus : manque de temps, crainte de prendre de mauvaises décisions, sentiment de ne pas maîtriser les codes, ou impression que les solutions proposées ne répondent pas aux priorités personnelles. La question n’est donc pas tant « faut-il investir ? » que « comment investir de manière compréhensible, cohérente et alignée avec ses objectifs de vie ? ».
Un transfert de richesse historique qui change la donne
Ce questionnement intervient dans un contexte inédit. Le transfert de richesse en cours – sous l’effet combiné des successions, de l’espérance de vie, de l’avènement des carrières et des trajectoires professionnelles féminines, place de plus en plus de femmes en situation de responsabilité patrimoniale. Conjointes survivantes, héritières, femmes divorcées ou dirigeantes : beaucoup se retrouvent souvent seules face à des décisions financières structurantes, sans toujours disposer du cadre ou de l’accompagnement nécessaire pour s’y projeter sereinement.
Alors que la place des femmes progresse dans toutes les sphères de décision, la relation financière reste marquée par des biais culturels persistants et l’industrie peine à faire évoluer ses pratiques. Environ 80 % des figures centrales des communications financières sont des hommes, et les femmes ne représentent encore qu’une minorité des équipes d’investissement et de gestion d’actifs (moins de 15 %). Historiquement construit autour d’un modèle client masculin – souvent pensé à l’échelle du couple –, le conseil patrimonial peine encore à intégrer pleinement les spécificités des trajectoires féminines : individualité des parcours, temporalités de vie, rapport à l’argent ou modes de décision. Cette inadéquation alimente un sentiment de distance vis-à-vis de la finance.
Pourtant, l’envie est là. Une large majorité de femmes déclarent vouloir mieux gérer leurs finances. Mais leurs attentes diffèrent. Les études montrent qu’elles accordent davantage d’importance à la sécurité, à la projection de long terme et à la cohérence entre investissements et va- leurs.
Quand la finance écoute, les femmes investissent
Le besoin de pédagogie est également plus marqué : seules 29 % se déclarent expertes, contre 42 % des hommes, et elles sont moins nombreuses à prendre seules leurs décisions d’investissement (27 % contre 42 %). Investir apparaît ainsi moins comme un acte ponctuel que comme un cheminement : comprendre avant d’agir, poser des questions sans pression, et inscrire chaque décision dans une vision globale de sa trajectoire de vie.
Partir de la trajectoire de vie, une approche repensée
C’est à partir de ce constat qu’Intuitae et Fair/e ont conçu Aurora, une approche pensée comme un parcours initiatique. Trop souvent, le conseil patrimonial commence par des solutions, alors que les objectifs ne sont pas encore clarifiés. Notre approche inverse cette logique et structure l’accompagnement en trois étapes : émergence, projection, appropriation. L’investissement cesse alors d’être abstrait ou anxiogène : il devient un levier au service d’un projet tangible, incarné et d’une vision propre à chacune.
La première étape est celle de l’émergence. À partir des moments de vie – transition professionnelle, séparation, transmission à préparer, désir de liberté future –, les objec- tifs prennent forme. Grâce à une boussole de vie, un espace d’écoute s’ouvre, permettant de questionner l’alignement entre patrimoine, objectifs de vie, rapport à l’argent et envies. Ce temps de clarification, rare dans le conseil traditionnel, est pourtant déterminant pour lever les premiers freins. La deuxième étape est celle de la projection. L’outil budgétaire Roadmap Horizon permet de projeter revenus et charges sur quinze à vingt ans, d’évaluer les besoins de trésorerie, le niveau d’autonomie financière et d’anticiper les dépenses incompressibles. Des scénarios de chocs de vie – décès, dépendance, divorce – pourront également être, à terme, simulés. Les décisions d’investissement s’inscrivent alors dans une trajectoire lisible et cohérente. La troisième étape est celle de l’appropriation. L’expérience montre que l’on investit mieux lorsque l’on se sent légitime, comprise et accompagnée. Notre programme privilégie un cadre relationnel continu, associant suivi individuel, pédagogie active et espaces collectifs entre clientes. La finance devient alors un espace d’apprentissage et de transmission, et non un territoire réservé aux initiés. Ce modèle – émergence, projection, appropriation – ne transforme pas les produits, mais répond à des attentes profondes : lever les freins à l’investissement, redonner du sens et créer les conditions d’une décision éclairée. Les femmes sont ainsi placées au centre de leurs choix patrimoniaux, capables de comprendre, de décider et de piloter leur trajectoire financière en pleine conscience. À l’heure du plus grand transfert de richesse de l’histoire, cette évolution du regard n’est plus périphérique : elle devient structurante pour l’ensemble de l’industrie
Sur les auteurs :
Coralie Smette est directrice au sein du family office Intuitae et Romain Bazin est directeur du family office Fair/e.



