Il y a dix ans, le Brexit redistribuait les cartes financières en Europe. Paris en est sortie grande gagnante, s’imposant comme destination de premier plan pour les investisseurs, talents et institutions financières du monde entier, une dynamique qui dépasse aujourd’hui largement son origine.
Dix ans après le Brexit, Paris attire les investisseurs du monde entier
Le retour des investisseurs fortunés : un mouvement qui s’ancre dans la durée
Pendant des années, une partie des grandes fortunes françaises et européennes avaient arbitré en faveur de Londres, Genève ou Singapour. Ce mouvement s’est progressivement inversé, sous l’effet d’une reconfiguration plus profonde que le seul Brexit. Londres a perdu une partie de ses atouts structurels : suppression du régime des non-doms annoncé en 2024, instabilité persistante de la livre, perte du passeport européen pour les activités financières. Selon le rapport Henley Private Wealth Migration 2025, le Royaume-Uni devrait enregistrer cette année une perte nette estimée à 16 500 millionnaires, soit le niveau le plus élevé jamais projeté, soit quatre fois le niveau de 2023. Paris figure parmi les premières destinations de ces flux, aux côtés de Dubaï, Monaco et Genève. Mais le phénomène est plus large : des familles d’Asie, du Moyen-Orient et des Amériques choisissent désormais Paris comme ancrage européen pour piloter et faire fructifier leur patrimoine. Paris n’est plus seulement une belle adresse, c’est une place financière qui s’est profondément transformée.
Paris, principale gagnante du rééquilibrage financier européen
Parmi les places bénéficiaires des reconfigurations post- Brexit, Amsterdam, Dublin, Francfort, Luxembourg, Paris s’est imposée comme la principale, par la diversité des activités captées et la profondeur de son écosystème. Depuis 2017, près de 6 000 emplois financiers ont été créés en France. Goldman Sachs s’est fortement développée ces dernières années, employant désormais près de 500 personnes à Paris. JP Morgan, Morgan Stanley, HSBC, BlackRock et Barclays ont tous densifié leurs équipes françaises.
La Banque de France le documente : Paris est devenue un pôle central des activités de marché pour la majorité des grandes banques internationales. Chaque implanta- tion renforce l’attractivité de la suivante, c’est la logique d’agglomération qui fait la force d’une vraie place financière. Cette dynamique s’inscrit dans un bilan plus large. Selon le baromètre EY publié en mai 2025, la France est pour la sixième année consécutive la première destination européenne pour les investissements directs étrangers, de- vant le Royaume-Uni et l’Allemagne, dans un contexte où l’Europe enregistre une baisse globale des IDE de 5 %. Le bilan Business France pour 2024 recense 1 688 décisions d’investissement créant ou maintenant 37 787 emplois sur trois ans, dont 28 % émanant d’entreprises investissant en France pour la première fois. Vivier de talents des grandes écoles, crédibilité de l’AMF, solidité du cadre ju- ridique, densité de l’écosystème bancaire et de la gestion d’actifs : les fondamentaux parisiens ont une cohérence que les capitales concurrentes peinent à répliquer.
Un régime d’impatriation trop souvent oublié
La France a mis en place depuis 2004, renforcé en 2016, un dispositif fiscal méconnu mais particulièrement attractif : le régime d’impatriation applicable pendant 8 ans. Dans un contexte de compétition internationale intense pour attirer les talents, le dis- positif s’adresse aux personnes s’établissant en France sans y avoir été fiscalement domiciliées au cours des cinq années précédant leur prise de fonctions, appelées depuis l’étranger par une entreprise établie en France dans le cadre d’une mobilité intragroupe ou d’un recrutement direct à l’international. Sur les revenus d’activité, l’impatrié bénéficie de l’exonération de sa prime d’impatriation, en principe pour son montant réel, ou sur option forfaitairement à 30 % de la rémunération nette totale. S’y ajoute l’exonération de la fraction de salaire correspondant aux jours travaillés à l’étranger dans l’intérêt direct et exclusif de l’employeur. Ces deux exonérations sont cumulables, mais leur cumul est, sur option annuelle, soit plafonné globalement à 50 % de la rémunération totale, soit limité pour la seule part liée à l’activité étrangère à 20 % de la rémunération imposable nette de prime d’impatriation, le tout sous réserve de la rémunération de référence applicable à la prime. Sur les revenus patrimoniaux, 50 % des revenus passifs de source étrangère (dividendes, redevances, plus- values mobilières) sont exonérés d’IR, dès lors qu’ils proviennent d’un État de l’UE ou lié à la France par une convention d’assistance administrative. Les prélèvements sociaux restent dus.
En matière de retraite, les cotisations versées à des régimes étrangers antérieurs à l’arrivée sont déductibles du revenu imposable. Une exemption d’affiliation aux régimes obligatoires français est également possible sous conditions.
Sur l’IFI, tout nouveau résident n’ayant pas été domicilié en France les 5 années précédentes n’est imposable qu’au titre de ses actifs immobiliers situés en France, pendant 5 ans. Pour tout investisseur ou cadre dirigeant envisageant une installation en France, ce dispositif représente une opportunité substantielle qui mérite d’être intégrée dès le départ dans toute stratégie patrimoniale globale.
Accompagner les patrimoines internationaux à Paris : une exigence à la hauteur des enjeux
Paris n’a pas seulement bénéficié d’un effet d’aubaine post-Brexit. Elle a construit, en moins d’une décennie, les conditions d’une attractivité durable : profondeur de l’écosystème financier, qualité des talents, solidité du cadre réglementaire, et désormais une fiscalité d’accueil que beaucoup d’in- vestisseurs internationaux découvrent tardivement.
La France s’impose comme une destination de choix pour les investisseurs du monde entier. Paris s’affirme comme place financière européenne de premier plan, dotée d’une attractivité constante et d’un régime d’impatriation trop méconnu.
Le régime d’impatriation reste, à cet égard, l’un des dispositifs les plus mal connus au regard de son impact réel. Huit ans d’exonérations cumulables sur les revenus d’activité, les revenus patrimoniaux de source étrangère et l’IFI consti- tuent un avantage compétitif significatif, d’autant plus puissant qu’il est anticipé dès l’installation. Pour les familles et dirigeants qui s’établissent à Paris, l’enjeu n’est donc pas seulement de choisir une place financière. C’est d’y construire une stratégie patrimoniale globale, cohérente avec la complexité de situations qui s’étendent, presque toujours, bien au-delà des frontières françaises.
Sur les auteurs :
Frédéric Poilpré est directeur général délégué et David Blanc est associé chez Officium Asset Management.



