Alors que les cryptoactifs suscitent autant de fascination que de circonspection, certains multi-family offices comme Agami accompagnent leurs clients dans l’exploration de cet écosystème, avec méthode et sans dogmatisme. Retour d’expérience avec Laurent de Swarte sur un secteur qui requiert prudence et lucidité.

 

Décideurs. Agami accompagne une clientèle diversifiée, notamment entrepreneuriale. Quel est aujourd’hui votre rapport aux cryptoactifs ?

Laurent de Swarte. C’est un sujet passionnant, mais aussi clivant. Même en interne, il n’y a pas forcément de consensus. En tant que multi-family office, notre rôle n’est pas d’imposer une vision, mais de nous adapter aux attentes spécifiques de nos clients. Notre approche est pragmatique. Certains veulent s’y exposer, d’autres pas du tout. À nous de les accompagner en fonction de leur profil, de leur horizon, de leur sensibilité au risque et de leurs valeurs.

Quel est le profil type des clients qui s’y intéressent ?

La majorité d’entre eux sont des entrepreneurs, souvent âgés de moins de 50 ans, comptant aussi bien des trentenaires technophiles que des quadras curieux ou quelques quinquagénaires avertis. Ce sont des clients qui ont une vraie appétence pour l’innovation, et sont parfois très éduqués sur ces sujets. Il y a bien sûr quelques exceptions, mais, en général, les plus jeunes générations sont plus enclines à explorer les cryptomonnaies, au même titre qu’elles adoptent rapidement d’autres technologies disruptives.

Quels montants consacrent-ils à cet investissement et à quelle fin ?

Il y a deux grands types d’investisseurs dans les cryptoactifs. D’un côté, les early adopters, qui sont rentrés très tôt sur le marché, souvent par le bitcoin, avec à l’époque des mises modestes… bientôt transformées en montants significatifs. De l’autre, les investisseurs plus tardifs, qui s’y exposent de manière marginale, dans une logique de diversification, voire d’expérimentation. Pour certains, il est presque possible de parler de diversification culturelle plutôt que financière.

Vous parlez d’expérimentation. Est-ce que cela signifie que vous-même avez investi dans ces actifs ?

Oui, je me suis personnellement plongé dans le sujet. Il me semble difficile de parler de cryptomonnaies, et plus encore d’en recommander, sans les avoir expérimentées. J’ai donc constitué un petit portefeuille pour comprendre les mécanismes, les interfaces, les risques. Et je dois dire que c’est très formateur, entre la volatilité, les interfaces techniques, la gestion des clés privées… La cryptomonnaie est à la fois un outil de diversification, un pari technologique… et un bon test d’humilité.

Les cryptomonnaies sont-elles des actifs comme les autres, ou bien une valeur refuge, un pari spéculatif ?

C’est tout cela à la fois, et c’est là que réside le paradoxe. Les cryptoactifs sont à la fois très volatils, donc clairement spéculatifs, mais certains y voient une valeur refuge, une sorte d’or numérique. C’est aussi un accélérateur de performance brute : une petite position en crypto peut parfois équivaloir à un effet de levier sur les marchés traditionnels. Cela dit, la volatilité est évidemment bien supérieure.

La décision d’investir est-elle toujours rationnelle ? Ou bien y a-t-il un effet de mode ?

Les deux. Il y a véritablement un engouement, parfois nourri par les performances passées. Sur cinq ans, le bitcoin a gagné 1000 %, contre 100 % pour le CAC 40, ce qui est déjà excellent. Évidemment, cela attire. Mais il y a aussi un effet générationnel : la cryptomonnaie permet d’investir à tout moment, sans intermédiaire bancaire. Ce qui correspond à une logique de gestion du patrimoine plus immédiate, plus autonome, plus digitale.

Quels sont les points qui méritent, selon vous, d’être davantage soulignés dans le débat public ?

Il y a deux grands sujets à ne pas sous-estimer. D’abord, la complexité technique. Même pour des professionnels, le monde des cryptoactifs n’est pas toujours intuitif. Il faut être technophile pour s’y retrouver dans la gestion des portefeuilles, des plateformes, des protocoles. Ce n’est pas encore à la portée de tout le monde. Ensuite, il y a le risque systémique. Dans la finance classique, il existe des garde-fous, des dépositaires, des régulateurs. Dans l’univers crypto, c’est beaucoup plus flou. Le risque de perte totale ou de piratage existe. Il faut en avoir conscience

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