Nicolas Moussavi (Société Générale Investment Solutions) : "Nous n’avons jamais été aussi positifs sur les actions, en particulier européennes"
Décideurs. Quelle place les actions occupent-elles dans vos stratégies ?
Nicolas Moussavi. Nous nous adaptons avant tout au profil de nos clients, mais nous disposons de portefeuilles modèles construits en fonction de leur appétence au risque. En ce début d’année, nous n’avons jamais été aussi positifs sur les actions, en particulier européennes. Nous avons progressivement augmenté notre exposition aux actions après le « Liberation Day », en surpondérant le Vieux Continent. Cela s’explique par des éléments simples : des valorisations attractives, le plan de relance allemand et un futur plan de défense européen. Il existe donc un réel soutien au tissu industriel européen et un environnement macroéconomique favorable. Les bonnes perspectives de croissance européenne devraient soutenir les perspectives de revenus des entreprises, et donc le cours des actions européennes.
À ceci s’ajoutent la fin des taux bas et la pentification des courbes, qui devraient continuer de soutenir les actions du secteur financier. Nous intégrons également des actions émergentes, qui nous permettent d’aborder la thématique de l’intelligence artificielle différemment. Il est vrai qu’évoquer l’IA fait spontanément penser aux actions américaines. Or, au regard des valorisations, il est pertinent de se désensibiliser des États-Unis pour se tourner vers des capitalisations asiatiques. Nous regardons notamment du côté de Taïwan ou de la Corée du Sud. N’oublions pas qu’il n’y a pas d’IA sans hardware asiatique.
Depuis plusieurs années, les actifs alternatifs montent en puissance dans les portefeuilles. Comment l’expliquez-vous ?
Au sein de Société Générale Investment Solutions, nous définissons les actifs alternatifs selon quatre grandes catégories : les hedge funds, les matières premières, l’immobilier et les actifs privés – private equity, dette privée et infrastructures. Pendant de nombreuses années, l’Europe a connu un régime de taux bas, voire négatifs. Cette compression des rendements a favorisé l’essor des actifs alternatifs, qui sont par nature moins corrélés aux marchés cotés.
« La normalisation du régime de taux en Europe soutient de nouveau l’attractivité des investissements alternatifs »
À partir de 2022, avec la remontée des taux, l’attractivité des marchés cotés – notamment obligataires – est revenue sur le devant de la scène. Aujourd’hui, le niveau des taux d’intérêt en Europe a atteint un plancher et le marché n’anticipe pas de mouvements significatifs dans les mois à venir. La normalisation du régime de taux en Europe soutient de nouveau l’attractivité des investissements alternatifs. L’autre raison tient à une forme d’euphorie qu’ont connue les marchés actions traditionnels au cours des trois dernières années, avec des valorisations très élevées – davantage aux États-Unis qu’en Europe. Les investisseurs se sont donc tournés vers ces actifs alternatifs, qui permettent une désensibilisation aux marchés actions.
Qu’en est-il de la retailisation ?
Historiquement, cette classe d’actifs était réservée à une clientèle institutionnelle. Aujourd’hui, elle est proposée à la clientèle retail, notamment à travers des véhicules evergreen – des fonds d’actifs alternatifs accessibles aux clients retail du fait de souscriptions et rachats facilités. Nous pouvons comparer l’essor de ces véhicules à ce qui s’est produit il y a une vingtaine d’années sur les hedge funds. À l’époque, la dénomination « hedge funds » s’est transformée en « alternatives UCITS ». L’objectif était similaire : offrir un accès aux particuliers à une classe d’actifs historiquement réservée aux investisseurs institutionnels, grâce à une souscription simplifiée, une valorisation plus fréquente, une liquidité accrue, etc. Une espérance de rendement plus élevée ou un accès à l’économie « réelle » expliquent cet attrait pour les actifs non cotés.
Quels actifs sont aujourd’hui les plus plébiscités et pourquoi ?
Sur les derniers trimestres, la dette privée a été particulièrement attractive, offrant des rendements élevés – de 6 à 10 % par an – du fait d’une volatilité relativement faible et un profil défensif. Les infrastructures connaissent également un fort engouement. Cette classe d’actifs permet une exposition aux grandes transformations économiques – transport, énergie, data, défense, etc. – et constitue une excellente couverture contre l’inflation.
Bien sûr, l’appétit pour le private equity demeure, mais il est davantage orienté vers les opérations secondaires. Les hedge funds sont également revenus sur le devant de la scène – notamment les fonds actions long/short, gérées de façon discrétionnaire ou avec des modèles quantitatifs, qui permettent de s’adapter aux événements de marchés. Ils permettent de rester exposé aux marchés actions tout en étant désensibilisé sur la partie bêta. Ce sont des classes d’actifs qui ont très bien performé en 2025 et en ce début d’année, portées par de fortes dispersions sectorielles, géographiques et stylistiques – value, croissance, qualité…
« En matière de prise de risque, l’action reste l’ancrage principal d’un portefeuille »
Enfin, les matières premières, notamment les métaux précieux, ont été particulièrement recherchées – or, argent, platine, palladium. Les investisseurs s’y intéressent à la fois pour leur rôle de valeur refuge, véritable protection contre l’inflation, mais aussi parce qu’il s’agit de métaux utilisés dans les circuits électroniques ou les panneaux solaires, très demandés aujourd’hui. La correction récente ne remet pas en cause leur attrait sur le long terme.
Comment équilibrez-vous vos portefeuilles ?
Les investissements en actions restent très plébiscités dans les portefeuilles. En matière de prise de risque, l’action reste l’ancrage principal d’un portefeuille. Le non-coté est traité en parallèle de cette poche actions, car le niveau de liquidité est différent. Lorsque vous détenez un fonds de dette privée ou de private equity, vous ne pouvez pas entrer et sortir quotidiennement, ce qui constitue une différence fondamentale à l’heure où les clients restent attachés à la liquidité. Sur la partie la plus liquide de l’actif alternatif – UCITS, or, etc. –, la dynamique a pu se substituer partiellement aux poches de dette d’État, qui paraissaient un peu moins attractives l’an passé.
Le maître mot demeure la diversification, et c’est le message que nous véhiculons auprès de nos clients.
Propos recueillis par Clara Lelièvre



