Charles-Henri Bujard vient d'être élu président de l'AFFO (Association Française du Family Office). Dans cet entretien, il revient sur ses ambitions pour l'association, les défis de la transmission patrimoniale, le rôle de la nouvelle génération et l'influence de l'AFFO auprès des pouvoirs publics.
Charles-Henri Bujard (AFFO) : "Les familles ont besoin de prévisibilité"
Décideurs. Vous venez d'être élu président de l'AFFO. Quels sont vos principaux objectifs ?
Charles-Henri Bujard. Je souhaite poursuivre la dynamique initiée par mon prédécesseur, Frederick Crot, en renforçant la croissance de l'association afin d'accroître sa visibilité et sa notoriété. L'AFFO doit continuer à s'affirmer comme l'association de référence du family office en France. Nous allons également développer nos actions d’influence auprès des pouvoirs publics pour mieux faire comprendre l'écosystème des familles et porter des messages clés dans un contexte législatif mouvant. Enfin, nous souhaitons étendre notre rayonnement à l'international, en créant un réseau d'associations nationales partageant les mêmes objectifs : favoriser les échanges, promouvoir les meilleures pratiques et anticiper les évolutions de notre secteur.
Comment l'AFFO accompagne-t-elle les familles dans la transmission de leur patrimoine ?
Nous avons mis en place 12 commissions et groupes de travail spécialisés en fiscalité, philanthropie et gouvernance entre autres. Notre force repose sur la diversité de nos membres : single family offices, multi family offices et professionnels des familles (avocats, notaires, banquiers). Chacun apporte son expertise et nous organisons des réunions par catégorie pour favoriser les échanges et le partage d'expériences. La transmission patrimoniale et la gestion des entreprises familiales restent des sujets centraux pour tous les family officers.
Quelle est votre approche concernant la nouvelle génération de dirigeants ?
L'AFFO a développé un club Next Gen pour les jeunes de 20 à 35 ans, qu'ils soient futurs dirigeants ou simples actionnaires familiaux. Nous avons créé un programme de formation en partenariat avec l'Edhec et organisons des ateliers intergénérationnels où les jeunes échangent avec des dirigeants en place d'autres familles, facilitant un dialogue plus libre. Cet accompagnement leur permet de mieux comprendre les enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux qu'ils auront à affronter.
Quels sont les grands enjeux actuels pour les family offices en matière de structuration et de gouvernance ?
Les family offices, à l’image des familles qu’ils accompagnent, ont une vision transgénérationnelle qui s'inscrit sur le long terme, alors que le cadre fiscal et réglementaire évolue chaque année. L'un des principaux défis est donc la stabilité fiscale. Des dispositifs comme le pacte Dutreil ont permis la transmission d'entreprises familiales tout en préservant leur ancrage en France, mais les familles ont besoin de prévisibilité. C'est pourquoi nous plaidons auprès des pouvoirs publics pour une fiscalité plus stable et lisible.
Quel est votre poids d'influence auprès des pouvoirs publics ?
Nous avons la chance d'intervenir régulièrement lors de conférences et d'événements où nous rencontrons des représentants de l'administration. Notre message est clair : nous ne contestons pas l'impôt, mais nous avons besoin de stabilité pour préparer la transmission des actifs et des entreprises familiales. Nous rappelons qu’environ 70 % des entreprises françaises sont familiales et qu'elles jouent un rôle crucial dans l'économie nationale. Il est essentiel que les décideurs publics comprennent leur importance et anticipent leurs besoins.
Quels sont vos projets de développement international pour l'AFFO ?
Nous avons cofondé une Fédération Internationale du Family Office (l’IFFO) avec notre homologue italien et cherchons à élargir ce réseau à d'autres pays européens avant d’étendre notre portée à l’échelle mondiale. L'objectif est de fédérer les associations nationales afin de créer un écosystème transnational propice au partage d'expériences et de bonnes pratiques. Nous organisons aussi des voyages d'étude à l'étranger pour échanger avec des acteurs locaux et comprendre leurs modèles de gouvernance et de transmission. Cette ouverture est essentielle, car les familles ont désormais une présence et des activités à l'international.
Propos recueillis par Marc Munier



