Incertitudes et volatilité bercent les marchés, ce qui brouille la visibilité des investisseurs à l’affût de placements avantageux. C’est là qu’entrent en scène les produits structurés, alliés fiables et performants en temps de crise. Entretien avec Mickaël Sahnoun, président de KAYS Wealth Management.

Décideurs. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les produits structurés ?

Mickaël Sahnoun. Il y a encore dix ans, dans les allocations des investisseurs, de nombreux OPCVM à style flexible, patrimoniaux ou alternatifs permettaient de capter les performances de marché en limitant les risques. Mais leur volatilité accrue, notamment favorisée par la succession des crises – guerre en Ukraine, tensions géopolitiques au Moyen-Orient et dernièrement les annonces de Donald Trump –, ainsi que la remontée des taux, ont remis la lumière sur l’intérêt des produits structurés. Ils permettent de générer de la performance tout en intégrant des mécanismes de protection adaptés.

Dans quel environnement économique un produit structuré prend-il de l’intérêt ?

Leur utilisation est très pertinente dans les contextes incertains, où la volatilité permet de structurer des produits avec de meilleures conditions de protection ou de rappel. Ceux ayant comme sous-jacent des niveaux de taux d’intérêt ont du sens dans un environnement sans forte inflation ou anticipation de croissance soutenue. Avec un sous-jacent action ou indiciel, ils sont utiles au sein de marchés neutres ou en forme de U, où l’indice revient à son niveau initial après une éventuelle baisse. C’est dans ces cas que les produits structurés peuvent offrir des rendements supérieurs, là où un investissement direct en actions n’en aurait peu ou pas généré.

Qu’en est-il du cadre réglementaire ?

L’AMF a renforcé leur encadrement pour assurer une meilleure compréhension du produit et protéger l’investisseur final. Cela passe par des scénarios illustrés et des term sheets claires. Ce cadre a rassuré les acteurs tout en rendant les produits plus accessibles, ce qui a joué un rôle dans la popularité croissante de ces produits ces dernières années. Il faut rappeler qu’à la fin des années 2000, certains produits structurés mal compris, par exemple lors de la crise des subprimes, ont été mis à mal. L’objectif est désormais de garantir une transparence totale pour éviter de reproduire les erreurs du passé.

À quoi pouvons-nous nous attendre concernant la performance ?

Dans le contexte actuel, les produits dont le sous-jacent est une action ou un indice peuvent viser des performances brutes de l’ordre de 8 à 10 %, voire davantage si nous sommes exposés à des titres individuels. En revanche, ceux qui offrent une forte protection en capital – par exemple, les produits à base de taux – se situent actuellement entre 5 et 7 %. Comme pour tous placements financiers, leur intérêt réside dans le sur-mesure : le couple rendement/risque est adapté selon les objectifs de chaque investisseur.

Les produits structurés sont-ils destinés à tous les profils d’investisseurs ?

Les produits structurés à taux avec 100% de capital proétégé à échéance ou au rappel, souvent notés SRI 1 ou 2, sont adaptés à une large typologie d’investisseurs. En revanche, bien que nous puissions structurer des produits pour tous les profils, ils ne sont pas tous adaptés à chacun. Les produits actions impliquant un risque en capital s’adressent avant tout à des profils avertis. Il est essentiel de bien comprendre l’ensemble des risques, comme : la valorisation fluctuante en cours de vie, l’exposition au défaut de l’émetteur, la durée de vie du produit ou encore les effets techniques sur le sous-jacent comme le décrément, qui consiste à retrancher un certain nombre de points de l’indice tout en réintégrant les dividendes. Enfin, ces produits ont généralement une durée de vie de dix à douze ans, et s’adressent donc à des clients capables d’investir sur le temps long.

Que se passe-t-il si un investisseur souhaite sortir avant l’échéance ?

Le produit est valorisé chaque jour, mais sa valeur dépend des actifs sous-jacents. En cas de sortie anticipée, nous revendons au prix de marché qui peut être inférieur au nominal, surtout en début de vie du produit. Il ne s’agit pas de frais de sortie en tant que tels, mais d’un risque de décote lié au coût de structuration du produit structuré et à la valorisation des produits le composant. D’où l’intérêt de rester investi jusqu’à échéance.

Comment fonctionnent les mécanismes de protection ?

Ils sont définis avec la banque émettrice dès la conception du produit. En général, sur les produits actions, les protections sont partielles – jusqu’à 30%, 50%, voire 70 % de baisse du sous-jacent selon les cas. Sur les produits de taux, nous pouvons aller jusqu’à une protection totale du capital. Cependant, elles ne sont applicables qu’à maturité du produit et restent sujettes à la solvabilité de l’émetteur.

Quelle place occupent les produits structurés dans les portefeuilles de vos clients ?

Ils représentent entre 10 et 25 % des portefeuilles, selon le profil. Ce sont des outils très utiles pour diversifier et saisir des occasions spécifiques qui auraient autrement échappé à l’épargnant. Par ailleurs, nous structurons nous-mêmes les produits en direct avec les salles de marché, afin de limiter les frais d’intermédiation. Cela nous permet de proposer des solutions sur mesure, en lien direct avec les besoins de nos clients.

Propos recueillis par Marine Fleury

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